Ce qui se cache derrière l’appel au 115 pendant le plan Grand Froid

 

Tous les hivers, le plan Grand Froid ressurgit. À Lens, l’APSA ouvre 18 places en niveau 1 – quand les températures sont positives dans la journée mais comprises entre zéro et moins 5º C la nuit – auxquelles s’ajoutent 15 places en niveau 2, quand les températures baissent encore davantage.

Officiellement, car «  on ne fait pas de la gestion au thermomètre  », explique Yann Mayeux, directeur du SIAO (Service intégré d’accueil et d’orientation), le pôle première urgence de l’APSA, plus connu sous son ancien nom de Samu social. «  Quand on ouvre, on ne ferme plus. Les personnes qui viennent nous voir ne comprendraient pas qu’on soit ouvert un jour et l’autre non. Et cela peut être source d’agressivité et de violence.  » À un ou deux degrés près, la détresse ne varie pas.

Route de Lille, la halte de nuit reconvertie en structure d’hébergement pour l’hiver a donc ouvert ses portes la semaine dernière dans le cadre du plan Grand Froid. «  Hier (le 7 novembre), il y avait 14 personnes. Toutes les personnes, avant d’arriver, doivent faire le 115. La demande est à faire tous les jours, il n’y a pas de place attitrée. Le but est que ça tourne, d’autant que l’objectif est d’envoyer les personnes vers des solutions plus pérennes  » (lire ci-dessous).

 

« Humaniser au maximum »

 

«  On met des moyens éducatifs, même en plan grand froid, ce que nous faisons, ce n’est pas une simple mise à l’abri  », complète Christophe Josien, chef du service éducatif. «  On a commencé avec des lits pliables dans des gymnases, et on y a encore recours pour les 15 places en niveau 2 mais ce système a ses limites  », explique Yann Mayeux.

Depuis 3 ans, l’APSA a décidé d’investir cette maison de mines de la route de Lille. Chaque année, la bâtisse connaît de menues améliorations mais le dispositif reste le même. Chaque primo-arrivant fait l’objet d’un diagnostic de sa situation avant de pouvoir s’installer.

Dans les chambres, des lits, mais pas d’armoire. Le lendemain matin, il faudra repartir. «  Il faut que les personnes se sentent suffisamment bien pour la nuit, mais l’endroit n’a pas vocation à être un hébergement longue durée.  »

Une salle où partager les repas, une laverie, une cour pour s’aérer et pouvoir fumer sa clope. Le confort est spartiate, mais l’accueil est individualisé. «  Il faut que la vie en collectivité se propose, mais pas qu’elle s’impose, même en plan Grand froid  », explique Christophe Josien.

«  Il faut tenter d’humaniser au maximum les choses. Pour un certain nombre d’usagers, c’est la première porte d’entrée. Il ne faut pas qu’on se loupe  », ponctue Yann Mayeux.

 

Une gestion au cas par cas


Derrière les appels au 115 se cachent une multitude de parcours de vie différents, auxquels l’APSA tente, autant que faire se peut, d’apporter une réponse adaptée. «  Nous avons eu par exemple un homme venu parce qu’il «n’avait plus de logement », explique Christophe Josien. En fait, il en avait un mais il y invitait régulièrement des copains qui finissaient par le squatter.  » La solution évidente aurait été de déloger les personnes ne figurant pas sur le bail.

Au lieu de ça, l’association a préféré un accompagnement vers une autre solution. Le monsieur sur le bail «  invitait des copains car il avait un problème de solitude  », à l’inverse, l’un des « squatteurs » «  avait un véritable problème avec la vie en collectivité  ». «  En toute logique, il a donc été décidé de faire glisser le bail de l’un vers l’autre et d’orienter le locataire initial vers un hébergement collectif.  »

Ce sont les diagnostics réalisés par les éducateurs de l’APSA qui permettent de trouver des solutions durables aux problèmes qui vont de la place en centre d’hébergement au retour en famille parfois… Pour éviter, durablement, le retour à la rue.

 

 

Article "La Voix du Nord" - Par Pauline Drouet | Publié le 10/11/2017